Genossenshift : Bâtir sans bâtir

À l’occasion du concours d’idées Hochparterre – Zukunft Wohn Genossenschaften Basel, organisé pour les 100 ans des wohnbaugenossenschaften nordwestschweiz, nous avons choisi de répondre à une question simple en apparence, mais radicale dans ses implications :
comment améliorer le quotidien des habitants sans construire davantage ?

Dans un contexte où la ville de demain sera plus chaude, plus numérique et plus attentive aux ressources, nous avons choisi de nous concentrer sur un espace à la fois omniprésent et invisible : le sous-sol.
Ce volume, qui représente jusqu’à 20 % du bâti existant, est aujourd’hui largement sous-utilisé, souvent réduit au rôle d’espace de stockage. Pourtant, il contient une réserve de potentiel exceptionnelle : fraîcheur naturelle, surfaces disponibles, capacité d’adaptation.

Trois constats, un même lieu

Notre démarche part de trois enjeux concrets et actuels pour les habitants des coopératives :

  1. La nécessité de fraîcheur dans une ville qui se prépare à vivre avec +2°C.
  2. La transformation des modes d’habiter et l’hybridation du logement et du travail, qui créent le besoin d’une pièce supplémentaire.
  3. La volonté de valoriser le patrimoine existant, avec sobriété et sans dénaturer les typologies historiques.

À chacune de ces questions, la réponse se trouve sous nos pieds : le sous-sol.

Redécouvrir un espace déjà là

Notre proposition défend l’idée qu’avant de chercher à construire, il faut révéler ce qui existe déjà.
Rendre ces espaces habitables, lumineux et accessibles permettrait :

  • d’offrir de nouveaux lieux de vie ou de travail,
  • d’améliorer le confort climatique,
  • d’augmenter la qualité du bâti sans augmenter l’empreinte constructive,
  • et de limiter la pression à la densification.

Ce renversement de perspective revient à ouvrir un livre que l’on possède depuis longtemps, mais que l’on n’a jamais pris le temps de lire jusqu’au bout.

Intégrer le vieillissement et le handicap au cœur du débat

La réalité démographique suisse – vieillissement, mobilité réduite, situations de handicap, recompositions familiales – impose une nouvelle responsabilité aux architectes : penser l’accessibilité comme une valeur morale, non comme un supplément optionnel.
Les coopératives, si elles souhaitent permettre à leurs membres de vieillir chez eux, doivent pouvoir adapter leurs bâtiments sans déplacer leurs habitants. Là encore, le sous-sol devient un levier : un espace transformable, libérant de nouvelles circulations, de nouvelles possibilités.

Deux concepts pour ouvrir le débat

Pour incarner cette démarche, nous avons développé deux idées complémentaires :

  • La cour anglaise bâloise, un nouvel archétype spatial destiné à amener la lumière naturelle au sous-sol et à en faire un espace de vie à part entière.
  • Le troisième-quatrième pilier, un clin d’œil au système de retraite suisse, qui questionne la non-mixité actuelle autour du handicap et propose d’intégrer pleinement l’accessibilité au projet architectural.

Ces deux propositions ne constituent pas une réponse figée, mais une invitation : celle de penser les Genossenschaften autrement, en réinterrogeant les ressources cachées de leur patrimoine.

Une mise en forme enracinée dans le quotidien

Notre rendu, présenté sous la forme d’un journal fictif, s’appuie sur l’imaginaire du quotidien bâlois. Cette forme éditoriale nous a offert une liberté de ton et d’interprétation, tout en ancrant la réflexion dans la vie réelle des habitants – celle qui se déroule entre les couloirs, les caves, les escaliers et les cours.